Mon avis sur la question
Aujourd'hui : LE ROMAN
...« Au fait, t’as des nouvelles de Lou ? », risqua Bob en ouvrant compulsivement le frigo.
- « J’allais te poser la même question », répliqua Cathy d’un ton pincé (etc.)
Notre époque a sacralisé le roman jusqu’à en faire l’alpha et l’oméga de la littérature, alors qu’il n’en est qu’une facette — et pas toujours la plus brillante. C’est en fréquentant mes amis Simon Leys, Gabriel K. Chesterton et Jules Renard que j’ai perdu ce complexe : eux n’hésitent pas à dire leur refus de la dictature romanesque - allant même jusqu’à considérer leurs propres romans comme la part la moins intéressante de leur œuvre. Mais le devoir avant tout : lundi dernier, j’ai donc pris ma télé à deux mains pour regarder Vol de Nuit (0h25 : l’heure de la culture sur TF1, un lundi par mois !)
L’affiche m’avait alléché (Besson, Dantec, Donner, etc.) Hélas ! La magie grise du roman a fonctionné — jusqu’à rendre cette heure plate et molle comme une montre de Dali (que j’ai d’ailleurs consultée à plusieurs reprises durant l’émission).
Comment transformer mon excellent collègue Patrick Besson, d’ordinaire subtil et impitoyable en sole limande ? Rien de plus simple : faites-le parler de son dernier roman. En l’occurrence, si j’ai bien compris, l’histoire de sa passion (physique et plus si affinités) pour sa « Belle-sœur » — enfin, celle du narrateur qui n’est ni tout à fait Besson ni tout à fait un autre, et s’aime et se comprend — le veinard !…
Et encore, je ne parierais pas ! Il fallait voir Patrick raconter les affres putatives de son héros confronté à…devinez quoi ? Un amour impossible ! On se demande où ils vont chercher tout ça !
Autre question décisive posée par David Foenkinos dans son dernier roman : « Qui se souviendra de David Foenkinos ? » À mon avis, au moins ceux qui ont vu l ‘émission ! Ils ne devraient pas oublier de sitôt ce maigre barbu développant le plus sérieusement du monde l’argument de son bouquin : en gros, l’histoire d’un romancier qui a eu une bonne idée, mais qui l’a oubliée… Autofiction ?
Pourtant, Foenkinos a en lui la distance, l’esprit et le sens de la phrase qui font l’écrivain. Tel n’est pas le cas du très « controversial » (comme il aimerait qu’on dise) Maurice G. Dantec (dont le « G. »signifie tout simplement qu’il s’estime naturalisé américain par le droit de la plume.) Un curieux Américain à vrai dire, plutôt d’avant l’Amérique, puisque ses références vont de saint Thomas d’Aquin à Léon Bloy… Mais par une ruse de la raison qui m’échappe sur le moment, MGD le contre-révolutionnaire mystique conclut à l’américanisme intégral… Aporie ?
Un curieux Français aussi (puisqu’il nous fait encore l’honneur de publier dans notre langue) : Metro Goldwyn Dantec nous administre ses leçons de culture à grand renfort de fautes de syntaxe, d’approximations grossières et de liaisons dangereuses.
Évidemment que je l’aime bien ! Derrière ses lunettes de mouche et sa barbe de mec-qui-a-besoin-de-barbe-pour-exister, un cœur bat, et c’est celui d’un Bernanos d’après la dévaluation.
Restent deux points communs, et pas des moindres : chez les deux George(s) cohabitent une conscience aiguë de notre décadence, et un pathos qui l’emporte sur l’idée plus souvent qu’à son tour.
Et puis il y a eu Christophe Donner, qui se flatte dans un roman « historique » d’avoir identifié l’assassin de Louis XVII : le conventionnel Hébert (chef des hébertistes).
Et puis il y a encore eu un barbu à lunettes qui a tenté une apologie du roman absconse, et puis un autre barbu, mais blond et sans lunettes, qui a dit un truc et là, eh bien je crois que je me suis assoupi…
C’est la pub qui m’a réveillé brusquement (l’aviez-vous remarqué ? Le volume sonore des pubs est nettement plus élevé que celui des programmes). Et la pub disait, devinez quoi ? « Retrouvez lundi votre émission « Vol de Nuit » avec les matelas Sealy».
C’est fou comme parfois, tout se tient !
Basile de Koch
Ce texte a été publié dans sa version courte (« editor’s cut ») dans Valeurs Actuelles du 14/09/07.
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